FALAISE BASALTIQUE A LA TERRE FRANÇOIS-JOSEPH
Le basalte du cap Flora me semble, en grande partie du moins, dater du jurassique. Il repose, en effet, sur des assises remontant à cette période et renferme en inclusion des lambeaux de ce terrain. Enfin, au sommet de cette formation volcanique se rencontrent des végétaux fossiles appartenant au dernier étage de la série jurassique. La terre François-Joseph paraît donc être d'âge relativement ancien. L'horizontalité des couches de ce basalte sur toutes les îles semble indiquer, à une époque antérieure, l'existence d'une grande masse continentale dans cette région, plus tard morcelée et désagrégée par les actions érosives des agents atmosphériques, des glaciers et des eaux. Une partie de ce territoire s'est affaissée et, aujourd'hui, il ne subsiste plus de ce continent qu'un complexe d'îles. La ressemblance présentée par ces formations avec celles signalées sur plusieurs points du Spitzberg et de la terre du Nord-Est, incite à croire que ces deux archipels ne formaient primitivement qu'une même masse continentale. Pour cette raison, il serait très intéressant d'explorer la zone complètement inconnue qui sépare ces deux archipels, et que nous aurions traversée, si nous n'avions pas rencontré l'expédition Jackson. Sans aucun doute, dans cette direction doit se trouver un grand nombre, peut-être même un cordon continu d'îles à travers lesquelles il sera difficile de discerner les limites respectives de chacun des deux archipels principaux. La reconnaissance de cette région, œuvre dont l'importance scientifique n'échappera à personne, sera, nous l'espérons, accomplie avec succès par la mission Jackson.
PITON DE BASALTE A LA TERRE FRANÇOIS-JOSEPH
L'extension de la terre François-Joseph vers le nord ne peut être déterminée avec quelque précision. Je ne crois cependant pas à l'existence d'une île étendue dans cette direction. Les terres Petermann et Oscar, signalées par Payer, doivent être très petites. Lorsque nous atteignîmes l'archipel François-Joseph, nous n'aperçûmes pas ces îles, bien que nous ayons dû passer dans leur voisinage; en second lieu, quand nous étions à la même latitude qu'elles, le mouvement de dérive des glaces vers l'ouest, ne paraissait rencontrer aucune résistance de ce côté.
Pendant mon séjour au cap Flora je m'occupai d'étudier les signes manifestes des changements survenus dans les niveaux respectifs de la mer et des terres.
La station, comme je l'ai dit plus haut, était construite sur une ancienne ligne de rivage située à 12 ou 15 mètres au-dessus de la mer. Dans les environs se trouvaient également, à différentes hauteurs, plusieurs autres terrasses littorales (strandlinie). Ainsi, la hutte d'hivernage de Leigh Smith avait été installée sur une strandlinie située à 5m,30, tandis que plus loin d'anciennes plages atteignaient une altitude de 25 mètres. Dans la partie nord de l'archipel, notamment à l'île Torup, j'avais déjà relevé l'existence de strandlinie analogues. Dans plusieurs localités voisines du cap Flora, Jackson trouva, du reste, des ossements de cétacés, notamment, près de sa station et à une hauteur de 15 mètres, un crâne de baleine, peut-être de baleine franche (Balæna mysticetus). Un peu plus loin, il découvrit des fragments d'un squelette entier à une altitude de 2m,80. Sur un grand nombre de points, on observait des bancs de coquilles subfossiles, attestant qu'à une époque récente la mer s'était élevée au-dessus des strandlinie les plus basses.
Un jour, le Dr Jackson et le Dr Kœtlitz rencontrèrent deux gisements de végétaux fossiles sur un nunatak[50] situé au-dessus d'un glacier voisin du cap Flora. Cette découverte éveilla de suite ma curiosité. Le 17 juillet, accompagné de Kœtlitz, j'allai visiter à mon tour cette intéressante localité. Le pointement rocheux, constitué par du basalte à structure columnaire, très caractérisé, s'élevait au milieu du glacier à une altitude que j'évaluai à vue d'œil à 200 ou 225 mètres. En deux points de sa surface apparaissait une couche de fragments de grès contenant en abondance des empreintes d'aiguilles de conifères et de petites feuilles de fougères. L'étude faite par le professeur Nathorst des échantillons que j'ai rapportés, montre l'importance de la trouvaille faite par Jackson et le Dr Kœtlitz. (Voir [appendice I.])
[50] Nom commun eskimo sous lequel les indigènes du Grönland désignent les pointements rocheux émergeant au-dessus de l'inlandsis. Ce terme, passé dans le vocabulaire arctique, désigne tous les affleurements rocheux situés au milieu des glaciers.
… Très brusque était la transition entre notre longue vie de paresse et d'inertie pendant l'hiver et cette existence active et intellectuelle.