Les jours suivants sont consacrés à apporter aux traîneaux les perfectionnements suggérés par les deux expériences que nous venons de faire, et aux bagages les réductions nécessaires.

Avant de raconter notre voyage à travers la banquise polaire, une rapide description de notre équipement me paraît nécessaire; elle permettra au lecteur de se faire une idée complète de notre vie dans ce terrible désert.

Nous emportons deux kayaks et trois traîneaux construits sur le mode de ceux que j'ai employés au Grönland. Le matériel de campement comprend un sac de couchage composé d'une double enveloppe en peau de renne, une tente en soie pesant un kilogramme, et un fourneau au pétrole avec une provision de combustible de seize litres.

Dans l'équipement d'une expédition sur la banquise, le fourneau est un des appareils les plus importants. De sa bonne construction et des résultats qu'il donne dépend, en grande partie, le bien-être relatif de la caravane, et, par suite, dans une certaine mesure, le succès de l'exploration. Le nôtre se composait d'un récipient central destiné à la cuisson des mets et de deux compartiments latéraux que l'on remplissait de neige et de glace pour obtenir de l'eau potable. Un quatrième réservoir, placé au sommet, avait le même usage. Grâce à la disposition adoptée, proportion de 90 à 93 p. 100 de la chaleur produite par la combustion du pétrole était employée à un effet utile.

LE FOURNEAU

L'appareil construit en métal blanc et en aluminium ne pesait que 4 kilogrammes.

Comme armes, j'ai choisi des fusils à deux coups, avec un canon rayé pour le gros gibier et un autre lisse pour les oiseaux. Nos munitions consistent en 180 cartouches à balles et 150 à plomb. En fait d'instruments, nous avons un petit théodolite construit spécialement en vue de cette expédition, un sextant de poche, un horizon artificiel à glace, plusieurs compas, des baromètres anéroïdes, trois thermomètres fronde à mercure, deux thermomètres minima à alcool, une lunette et un appareil photographique.

Nos approvisionnements consistent principalement en viande et en poisson séché et pulvérisé, afin de faciliter la digestion, en biscuit et en pain de gluten, enfin en 39 kilogrammes de beurre.

Comme vêtements nous portons deux chemises de laine, un veston en poils de chameau et un épais jersey, deux caleçons de laine, des knickerbockers, des guêtres en vadmel[30], et, par-dessus, un surtout en grosse toile destiné à nous protéger contre la neige pulvérulente. En fait de chaussures, des mocassins lapons, comme coiffure des chapeaux de feutre doublés à l'intérieur de deux épaisses couches de drap.