«JE PARS EN AVANT EN RECONNAISSANCE»
… Une fois encore notre espoir est déçu. Voici de nouvelles chaînes de monticules, et bientôt après un canal couvert de «jeune glace» qui ne porte pas. Plus loin, le terrain n'a pas meilleure apparence; vers minuit nous prenons le parti de camper.
Un nouveau chien est sacrifié. Son cadavre est partagé en vingt-six portions; six de ses congénères refusent encore leur part du festin.
NANSEN SUR LA BANQUISE
Une observation méridienne fixe notre position à 85°,59. Nos progrès sont extraordinairement lents. Très certainement un mouvement de dérive repousse vers le sud la banquise sur laquelle nous avançons dans la direction du nord. Nous sommes à la merci des vents et des courants, la plus décevante position pour un explorateur polaire. Maintenant je commence à croire qu'il sera sage de suspendre bientôt notre marche vers le nord.
DU SOMMET DU PLUS HAUT MONTICULE, A PERTE DE VUE, JE N'APERÇOIS QU'UN CHAOS DE GLACE TOURMENTÉ
La distance qui nous sépare de la terre François-Joseph, est triple de celle que nous avons parcourue. Dans cette direction la banquise ne sera pas plus praticable que dans la région où nous nous trouvons, et notre marche ne sera guère plus rapide. De plus, notre ignorance de la topographie de l'archipel François-Joseph nous exposera à des retards. Peut-être enfin, dans cette région, ne trouverons-nous pas de gibier! Depuis longtemps déjà, j'ai la conviction que nous ne pourrons atteindre le Pôle ou son voisinage immédiat: la banquise est trop accidentée et nos chiens trop faibles! Si seulement j'en avais un plus grand nombre! Que ne donnerai-je pas pour posséder une meute de l'Olonek. Tôt ou tard nous devrons battre en retraite.