NOTRE CAMPEMENT LE PLUS SEPTENTRIONAL (86°13′ de Lat. N.)

4 avril.—Départ à trois heures du matin. Toujours des chaînes de monticules, et, entre ces aspérités des canaux bordés d'amoncellements de blocs rugueux. Au passage de ces fentes, tantôt l'un de nous, tantôt les traîneaux enfoncent dans l'eau. Fort peu agréables, ces bains; impossible de nous changer et de nous sécher, et la température est de 30 degrés sous zéro.

Lat.: 86°2′8″; long.: 95°47′15″ E. de Gr.

6 avril.—A deux heures du matin, température −24°,2. La glace de plus en plus mauvaise. Une succession inextricable de monticules et de ravins, pareille à une ancienne moraine qui serait formée de blocs de glace. Quelques mamelons ont une hauteur de dix mètres. Le halage des traîneaux sur un pareil terrain mettrait à bout des géants. Dans la journée l'étape n'est que 4 milles.

UNE BANQUISE RELATIVEMENT UNIE

Hier j'avais perdu tout espoir de pouvoir poursuivre notre route, et ce matin, en arrivant au campement, je suis décidé à battre en retraite.

Nous irons encore un jour en avant et reconnaîtrons si la glace est aussi mauvaise qu'elle le paraît du sommet du toross, haut de dix mètres, au pied duquel nous sommes campés.

Ce serait folie de continuer la marche vers le nord. Sur une pareille banquise nous ne pourrons guère aller plus loin, et, si la glace n'est pas meilleure vers la terre François-Joseph, la retraite sera très lente.