20 avril.—Durant plusieurs heures, impossible de traverser un large fossé, rempli de blocs amoncelés dans un désordre effrayant. De tous côtés, des chaînes de toross et des hummocks, et, de toutes parts, de larges crevasses. Pendant longtemps cette glace a dû être en mouvement et soumise à de terribles pressions. Sur plusieurs points, les monticules atteignent une hauteur de huit mètres et contiennent des strates de matière minérale. Un floe notamment est entièrement noirci par une substance inorganique ou organique. Le temps me manque pour examiner la chose.
Au cours de notre route, je note, à différentes reprises, des hummocks très massifs et très étendus, de forme carrée, semblables à des îles élevées couvertes de neige; des blocs paléo-*crystiques, très certainement.
Après de longues recherches, je parviens à découvrir un passage à travers ce labyrinthe de glace. Au delà quel n'est pas mon étonnement d'apercevoir un énorme tronc de mélèze de Sibérie, dressé au milieu de la banquise. Nous le marquons des initiales: F. N. H. J. 85°30′.
Pendant plusieurs jours ensuite, la glace relativement unie nous permet de glisser rapidement sur nos ski. En deux jours la distance parcourue est d'au moins 40 milles.
UN LAC AU MILIEU DE LA BANQUISE
Le 26, à mon grand étonnement, je rencontre une piste fraîche de renard venant de l'O.-S.-O. et allant vers l'est. Que diable est-il venu faire jusqu'au 85°? Involontairement je regarde autour de moi, pensant apercevoir une terre. Le temps est malheureusement bouché. Probablement ce renard s'est avancé jusqu'ici à la suite d'un ours. Plus loin encore, d'autres pistes de renards toujours dans la même direction. Quelle nourriture peuvent-ils trouver au milieu de ce désert de glace? Probablement des crustacés qu'ils attrapent dans les bassins d'eau libre.
Température minima −35°,7.
Hier, rencontre d'un amoncellement de blocs, qui paraît de formation toute récente. J'y remarque d'énormes fragments de glace d'eau douce, contenant des particules d'argile et de graviers, de la glace de rivière provenant probablement des fleuves sibériens. Même à l'extrême nord de notre course, j'ai souvent vu des glaçons de cette nature, et, jusqu'au 86° de latitude, j'ai observé de l'argile à la surface de la banquise.
27 avril.—Bonne étape. Nous avons parcouru, suivant toute probabilité, une distance de 20 milles. Quittant le campement hier à trois heures de l'après-midi, nous avons marché jusqu'à ce matin.