Toujours des chaînes de monticules et des ravins remplis d'eau dont la traversée nous épuise. Une fois couchés dans nos sacs, bien au chaud, nous oublions vite les souffrances et les fatigues. Je suis si éreinté que je chancelle sur mes ski; lorsque je tombe, je voudrais rester couché où je suis.
8 mai.—Les canaux ouverts à travers la banquise paraissent tous orientés, parallèlement entre eux, du nord-est à l'ouest-sud-ouest (du compas), c'est-à-dire, perpendiculairement à la direction que nous suivons.
A notre grande joie, la glace semble devenir plus unie aux approches de la terre, alors que nous redoutions précisément le contraire. Le nombre des chiens diminuant de jour en jour, le halage est de plus en plus pénible. Je n'ai plus que quatre bêtes à mon traîneau.
10 mai.—Température −8°,8. Hier, la glace était plane; au départ nous espérions donc faire bonne route, lorsqu'une tourmente de neige s'est levée et nous a brutalement obligés à camper.
Aujourd'hui, après quelques heures de clair soleil et de ciel bleu, chute de neige abondante, et temps «bouché».
A chaque pas, des chaînes de blocs soulevés par les pressions. Par la brume, impossible de trouver la route au milieu de ce dédale
12 mai.—Notre second sac de pain sera bientôt vide, et jamais la terre n'apparaît! Plus que douze chiens dont les forces diminuent de jour en jour!
A mesure que nous avançons, la banquise devient de plus en plus difficile. La glace est maintenant recouverte de neige qui ne porte pas. A chaque instant, lorsque l'on quitte les ski pour pousser les traîneaux, on tombe dans quelque trou, masqué par cette couche trompeuse.
Aujourd'hui la température est relativement élevée; la nuit dernière, la chaleur dans le sac de couchage m'a empêché de dormir. Minimum −14°,2′.
16 mai.—L'anniversaire de la naissance de Johansen. Nous fêtons ce jour avec toute la solennité que comportent nos moyens. Au dîner, ragoût, le mets favori de mon camarade; comme dessert un excellent grog au jus de citron.