Pan, le plus vaillant de nos tireurs, doit être sacrifié. La pauvre bête est maintenant épuisée; à son tour de servir de pâture aux survivants qui peuvent encore nous rendre quelques services.
Un terrain presque impraticable, un chaos de blocs nageant au milieu de l'eau. Nous cheminons en sautant de glaçons en glaçons. Si nous étions seuls, cela irait encore; mais, avec nos traîneaux, ces escalades et ces descentes continuelles nous mettent à bout de forces.
Du 82°52′ au 82°19′ la banquise est presque uniquement composée de «jeune glace» épaisse d'environ 0m,80. Sur toute cette distance nous n'avons rencontré que quelques vieux floes et de rares champs de «vieille glace», comme celui sur lequel nous sommes actuellement campés. La mer a donc été libre sur une distance de 33 milles vers le nord, et, dans la direction du sud, cette nappe devait également atteindre une grande étendue.
Pris aujourd'hui une hauteur méridienne; nous serions par 82°21′, et toujours pas trace de terre. De plus en plus cela devient une énigme. Mais patience!
CHAPITRE VIII
LA LUTTE POUR LA VIE
1er juin.—Atteindrons-nous enfin, au cours de ce mois qui commence aujourd'hui, la terre si ardemment désirée. Il faut l'espérer et le croire, tandis que le temps marche.
Horizon bouché et neigeux; avec cela, vent contraire. Aussitôt après le départ, nous sommes arrêtés par un canal paraissant, au premier abord, infranchissable. Finalement, les choses tournent mieux que nous n'avons osé l'espérer. Après un détour vers le nord-est, nous parvenons à passer l'obstacle. Au delà nous avons la chance de rencontrer une plaine bien unie; sur cet excellent terrain nous marchons jusqu'à midi. Plus tard, encore une heure et demie de bonne glace, après cela nos tribulations recommencent. Dans toutes les directions la route est coupée par de larges ouvertures. Pendant une heure et demie je cherche en vain un passage.
Combien différentes sont les idées que les expéditions se font sur leurs situations respectives! Si nous réussissons à atteindre la terre avant l'épuisement de nos provisions, nous nous considérerons comme sauvés. Payer, au contraire, se serait cru perdu si, au cours de son excursion à l'archipel François-Joseph, sa ligne de retraite sur le Tegetthoff avait été coupée. Et pourtant il n'était pas, comme nous, épuisé par une marche de deux mois et demi sur la banquise.
Hier, au moment de lever le camp, nous avons entendu le cri d'une pagophile blanche (Larus eburneus). Deux de ces beaux oiseaux blancs volaient au-dessus de nous. Tout d'abord je pris mon fusil pour les tirer, puis me ravisai. Ces mouettes ne valent pas une cartouche.
2 juin.—Dimanche de la Pentecôte. Le chenal qui nous a arrêtés hier s'est agrandi pendant la nuit, et est devenu un très large bassin. Nous nous trouvons sur une île de glace au milieu de cette nappe.