24 juillet.—Ce matin, lorsque Johansen sort pour aller, chercher l'eau nécessaire à la cuisine, de suite il monte sur l'hummock le plus voisin pour examiner notre terre. Elle est beaucoup plus proche qu'hier; très certainement nous y arriverons avant ce soir. Dans l'ouest, au S. 60° O. du compas, j'aperçois une troisième île, pareille aux autres, mais beaucoup plus basse sur l'horizon, par suite située beaucoup plus loin. La terre du Prince-Rodolphe, comme nous le reconnûmes plus tard.
Nous poursuivons notre route à travers la banquise toujours accidentée et toujours découpée de canaux et de ravins. Progrès très lents.
27 juillet.—Hier et cette nuit, vent de sud-sud-ouest (du compas). Sous la poussée de la brise, notre radeau de glace semble maintenant en dérive vers l'est, peut-être allons-nous passer en dehors des îles en vue.
Sans notre sac de couchage, notre lit nous semble bien un peu froid et dur. Nous essayons d'abord de dormir sur nos couvertures et nos ski. Ces lames de bois nous brisent les os! Nous nous étendons alors sur la glace, mais cette couche n'est pas précisément chaude. Quand nous aurons un bon matelas, nous saurons l'apprécier.
29 juillet.—A trois heures du matin, la pluie nous oblige à faire halte. L'étape n'a été que de neuf heures. Avant d'avoir trouvé un emplacement pour la tente, nous sommes complètement trempés. Toute la journée, nous restons au bivouac pour nous sécher. Plus tard, le vent ayant sauté à l'ouest, la pluie cesse; aussitôt après en route. Si une nouvelle averse survient, nous devrons nous arrêter pour nous mettre à l'abri. N'ayant plus un vêtement de rechange, il devient nécessaire de prendre des précautions pour être mouillés le moins possible. Il n'est pas, en effet, précisément agréable de coucher sur la glace sans un fil sec sur le dos.
30 juillet.—Nos progrès sont extrêmement lents; néanmoins, sans nous décourager, nous poursuivons toujours notre marche. Aujourd'hui je souffre d'un lumbago; il me faut toute mon énergie pour me tenir debout. Dans les endroits difficiles, Johansen doit m'aider à haler mon traîneau. Je puis à peine marcher.
31 juillet.—La banquise disloquée est absolument impraticable. Les chocs continuels des floes ont désagrégé ces blocs, et toutes les nappes d'eau se trouvent maintenant remplies d'une bouillie de petits glaçons. Impossible d'y lancer les kayaks; au premier coup de pagaie les coques seraient crevées par les aiguilles de glace. Pour traverser les canaux, nous construisons des ponts flottants de glaçons ou transformons des blocs en bacs. Nos progrès sont lents.
Mon rhumatisme ne veut pas lâcher prise. Je suis littéralement fourbu, incapable de tout effort. Johansen doit faire à lui seul toute la besogne; il va en avant reconnaître le terrain, puis revient chercher les deux traîneaux. Mon excellent camarade prend soin de moi comme d'un enfant, faisant tout pour soulager ma fatigue. Ce cher garçon a, aujourd'hui, double travail, et il ne sait quand cela finira.
1er août.—La banquise devient de plus en plus difficile. Pour comble de malheur, le vent du sud nous a éloignés de terre. Nous avons dérivé évidemment vers l'est. L'île la plus occidentale, hérissée de pontements rocheux, n'est plus en vue.
Toujours des mouettes de Ross. Peut-être ont-elles leurs places de ponte sur ces îles.