Kœnigsmark, avec son corps de troupes légères, s'était dirigé vers la Bohême, où Ernest Odowalsky, capitaine de cavalerie licencié, mutilé au service de l'Autriche, puis congédié sans récompense, lui suggéra un plan pour surprendre le petit côté de Prague. Kœnigsmark l'exécuta heureusement, et, par là, il eut la gloire d'avoir terminé la guerre de Trente ans par la dernière action d'éclat. Ce coup décisif, qui mit enfin un terme à l'irrésolution de l'empereur, ne coûta aux Suédois qu'un seul homme. Mais la vieille ville, la plus grande moitié de Prague, séparée de l'autre par la Moldau, lassa encore, par sa vive résistance, le comte palatin Charles-Gustave, le successeur de Christine, qui était arrivé de Suède avec des troupes fraîches, et qui rassembla toutes les forces suédoises de Bohême et de Silésie devant les murs de Prague. L'approche de l'hiver chassa enfin les assiégeants dans leurs quartiers, où les atteignit le message de la paix signée à Osnabrück et à Münster le 24 octobre.

Quelle œuvre de géants ce fut de conclure cette paix inviolable et sacrée, célèbre sous le nom de paix de Westphalie; quels obstacles, qui semblaient infinis, étaient à vaincre; quels intérêts opposés étaient à concilier; quelle suite d'incidents devait concourir à terminer cette œuvre difficile, précieuse et durable de la politique; ce qu'il en coûta seulement pour ouvrir les négociations; ce qu'il en coûta pour les continuer, une fois ouvertes, au milieu des vicissitudes de la guerre incessante; ce qu'il en coûta pour mettre le sceau à la paix réellement conclue, et pour l'exécuter, solennellement proclamée; quelle fut enfin la substance de cette paix; ce qui fut gagné ou perdu par chacun des combattants, après trente années d'efforts et de souffrances, et quels biens ou quels maux la société européenne tout entière en a pu recueillir: dire tout cela est une tâche qu'il faut réserver à une autre plume. Comme l'histoire de la guerre était un grand ensemble, c'est aussi un ensemble grand et distinct que l'histoire de la paix de Westphalie. Une simple esquisse réduirait à un informe squelette l'œuvre la plus intéressante et la plus caractéristique de la sagesse et de la passion humaines, et lui ravirait précisément ce qui pourrait fixer sur elle l'attention de cette partie du public pour laquelle j'ai écrit et dont je prends ici congé.

FIN


[Notes]

[1] Leipzig, chez Wigand, 1859.

[2] Chapitres XVII à XX de la seconde partie.

[3] Mort, à trente-huit ans, en 1861. Auteur d'une excellente étude sur le Faust de Gœthe.

[4] Cours de littérature dramatique, 20.

[5] Nous citons plus loin les deux principaux.