L'autre, Lady A., est une petite caillette dans la force du terme. Je l'ai également vue souvent chez Wellington. Elle m'a toujours déplu au point que j'ai été impoli pour elle. J'ai connu anciennement son mari et sa première femme, qui était nièce de Lord Cholmondeley[ [390].

Aie l'âme en repos sur ces deux passions. Je ne comprends même pas ce qui peut avoir prêté au dire de la seconde, car, quant à la première, l'on m'a vu parler; quant à la seconde, l'on n'a pas même vu cela, et mon silence n'est pas assez interprétatif pour pouvoir prêter à une aussi ridicule prétention.

Ce 23.

Je t'enverrai la présente lettre, mon amie, par un courrier que Lord Burghersh expédiera en Angleterre. N'oublie pas de me mander si tu as reçu le bracelet et si tu le trouves joli. Je voudrais que chaque petite plaque pût désigner une année de bonheur pour nous. La première, hélas! est encore à venir!

Ce que tu me dis, dans ton no 21, sur les chaînes de fer qui nous retiennent loin l'un de l'autre, n'est malheureusement que trop vrai. Aussi, ai-je toujours craint, plus que la mort, les entraves affreuses que mon attitude met au libre exercice de ma vie. Il n'est, après le sort du souverain, pas de place dans l'État qui soit plus sujette que la mienne à tous les inconvénients de cette grandeur qui tue l'existence de l'homme. Je n'ai pas un moment véritablement à moi, car le monde ne s'arrête pas dans sa marche pour me faire plaisir. Je ne puis point charger un autre à temps de ma besogne, car cette besogne est tout intellectuelle; elle n'est que du domaine de la pensée; je ne puis charger personne de penser pour moi, d'écrire à ma place, de suivre un point de vue qui est mien, de dire demain le mot que j'ai préparé aujourd'hui. Tous les départements qui suivent une règle fixe, qui sont plus liés à la matière que ne l'est le mien, sont infiniment plus libres d'action. Mon amie, conçois-tu combien ce que j'ai détesté il y a un an et de tout temps, doit me paraître odieux aujourd'hui?

Adieu, mon amie. Lord B[urghersh] me fait demander mon paquet et je ne veux pas retenir le courrier. Aime-moi et pense à moi, ce qui équivaut dans mon attitude vis-à-vis de toi.

Il est possible que le présent numéro t'arrive avant le précédent, duquel j'ai chargé le courrier hebdomadaire, qui fait un détour considérable en passant par Munich.

Voici mon plan ultérieur de voyage. Je pars d'ici le 26 pour Livourne. Je coucherai le 27 à Pise, le 28 à Sienne, le 29 à Radicofani, le 30 à Viterbe et le 31 à Rome. L'Empereur quitte Florence le 29 et il sera à Rome le 2 avril. Je fais le détour de Livourne pour faire voir ce lieu et Pise avec ses antiquités magnifiques à Marie.

Adieu. Je dînerai le 27 à bord du vaisseau de l'amiral Fremantle[ [391] qui m'attend à cet effet dans la rade de Livourne. Je boirai à ta santé sur terre d'Albion.

Voilà encore un message de B[urghersh]. Rien n'est pressé comme un homme qui n'a rien à mander. Adieu, bonne et chère Dorothée.