Mais ce sont là seulement les étapes principales de la carrière amoureuse de M. de Metternich jusqu'en 1818, au moment où la comtesse de Lieven allait apparaître dans son existence.
Il ne pouvait vivre seul, ni dans l'intérieur de son foyer, ni dans la profondeur de son cœur. Deux fois veuf, deux fois il se remaria sans grands délais, et, à côté de son ménage, il ne dut jamais laisser longtemps vide la place de l'amie.
Dans ses lettres à Mme de Lieven, le prince se plaint beaucoup, souvent, longuement de ce que le vulgaire le croit incapable d'aimer. L'histoire de sa vie intime est là, pour prouver que, peut-être, aux yeux de notre morale bourgeoise, il le savait trop.
Il écrivait, à la vérité, avec une belle inconscience, à cette même amie: «Je n'ai jamais été infidèle. La femme que j'aime est la seule au monde pour moi[ [55].»
Dorothée (ou Darja) Christophorovna de Benckendorf était née à Riga, le 17 décembre 1785.
Elle appartenait à une famille noble, originaire du Brandebourg, depuis de nombreuses années fixée en Esthonie et entrée au service de la Russie.
Son père, le général Christophe de Benckendorf[ [56] avait épousé la baronne Charlotte-Augusta-Johanna Schilling von Canstadt, amie et compagne de la princesse Dorothéa-Augusta de Wurtemberg qui devint l'impératrice Marie Féodorovna de Russie.
Celle-ci couvrit toujours Mme de Benckendorf de son affectueuse protection, et, quand cette dernière mourut, le 11 mars 1797, elle fit entrer ses deux filles au couvent des demoiselles nobles de Smolna: elles y furent élevées sous les yeux, constamment attentifs, de la souveraine.
Quelques passages des lettres de la tsarine à Mlle de Nélidoff[ [57] nous la montrent s'inquiétant de la santé de ses «bonnes petites», les faisant venir dans son intimité, aux spectacles de l'Ermitage, mais s'opposant à leur entrée à la Cour avant l'âge ordinaire, se tourmentant de ne pas voir l'une d'elles proposée pour une récompense, leur donnant de multiples preuves d'une tendresse éclairée, véritablement maternelle.