Même en l'absence de tout document, ne peut-on penser qu'il dut cependant en être autrement? Purent-ils vraiment se côtoyer sans jeter un regard sur le passé? N'étaient-ils pas, l'un pour l'autre, l'évocation vivante de leurs plus brillantes années?

Ils étaient à l'apogée de leurs carrières lorsqu'ils s'étaient aimés. Ils ne se retrouvaient, aigris et désabusés, que pour comparer leurs détresses.

S'ils n'échangèrent pas les paroles émues qui auraient pu leur venir aux lèvres, si même ils en échangèrent dont ils ont gardé le secret, revécurent-ils par la pensée les jours à jamais révolus, ceux où ils s'étaient adressé de si tendres et vibrants serments d'amour?

Pensèrent-ils à ce «toujours» dont ils avaient voulu faire la devise de leur passion et qui n'est pas dans la nature humaine?

Ces deux vaincus se souvinrent-ils de la mélancolique pensée écrite par Jean-Paul sur l'album du Johannisberg, au temps où leurs deux cœurs n'en faisaient qu'un: «Le souvenir est le seul Paradis d'où nous ne puissions être chassés?»

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SOURCES


I
LETTRES DU PRINCE DE METTERNICH
A LA COMTESSE DE LIEVEN

Les lettres publiées dans le présent volume sont reproduites d'après les originaux, sans aucune suppression ni modification, sauf la rectification de l'orthographe.