Enfin, un voyage en Italie, avec l'Empereur, lui permet de varier ses récits. M. de Metternich aimait réellement les arts: dans leur terre classique, il se sent à l'aise pour les célébrer.

A travers ses lettres, on retrouvera l'homme dans le ministre. A vrai dire, l'un ne différait pas beaucoup de l'autre. Quelques-uns de ses billets d'amour sont écrits du même style que ses dépêches diplomatiques. Il étudie et raisonne parfois son cœur comme il examinait les motifs d'intervention dans le royaume de Naples, par exemple.

Mais chaque homme aime selon sa nature. Et le prince Clément de Metternich était évidemment sincère quand il aimait Mme de Lieven en cherchant en elle sa propre image—et quand il le lui disait.

Les lettres qui suivent sont publiées intégralement. Nous avons respecté le texte de M. de Metternich, même dans ses obscurités et ses incorrections.—Les mots soulignés par le prince dans l'original sont indiqués en italiques.—Quand il a été indispensable de rétablir un mot oublié, ce mot a été mis entre crochets.

LETTRES
DU
PRINCE DE METTERNICH

LETTRES
DU
PRINCE DE METTERNICH
A LA
COMTESSE DE LIEVEN

Il m'est impossible de vous voir partir sans vous dire ce que j'éprouve[ [152].

L'histoire de notre vie se concentre en peu de moments. Je vous ai trouvée pour vous perdre! Le passé, le présent et peut-être l'avenir est renfermé en ce peu de mots. Le jour où je vous reverrai sera l'un des plus beaux de [ma][ [153] vie.

J'ai terminé une période [de ma] vie en moins de huit jours. Ce fait me p[araîtra]it un rêve, si je ne me connaissais. On e[st tout] pour moi ou rien. Mon âme n'est pas [sus]ceptible d'un demi-sentiment ni d'une demie-pensée. J'ai passé des semaines près de vous. Je vous ai à peine parlé et vous faites partie aujourd'hui de mon existence. Ce qui séduit la plupart des hommes est sans effet sur moi; j'ignore s'il me faut plus qu'à d'autres, mais je sais que c'est autre chose qu'il me faut. Le jour où j'ai vu que ma pensée rencontrait la vôtre, le jour où il ne m'est pas resté un doute que vous me comprendrez, que votre esprit et que surtout votre cœur marchait sur la ligne que je regarde comme la mienne, j'ai senti que je pouvais devenir votre ami; il m'a suffi de me convaincre que je ne me trompais pas pour vous aimer. La contrainte m'a forcé à vous confier ce que vous aviez deviné de votre côté. Je ne dis rien ici que vous ne sachiez, mais j'ai besoin de le redire à mon amie, à vous, mon amie de huit jours et pour la vie!