J'ai eu une vingtaine d'aimables personnages à dîner, parmi eux Kozlovski[ [168]. Après le dîner, je me suis assis dans un coin; Kozlovski est venu se placer à mes côtés. La conversation a tourné sur le beau sexe.
«Moi, me dit Kozlovski, je n'aime que les femmes grasses.»—«Et moi, lui ai-je dit, celles qui ne le sont pas.»—«Je me soucie peu de l'esprit, pourvu qu'il y ait des joues pleines et de gros bras, reprend K.»—«Et moi, je n'aime que l'esprit, le cœur et l'âme, que les joues soient plates ou pleines, lui dis-je.»
K.—«Vous êtes donc sentimental?»
M.—«Non, mais j'aime ou je n'aime pas.»
K.—«Moi, j'aime les chairs.»
M.—«Et moi, j'aime mon amie.»
K.—«Ma première belle était extrêmement maigre; je n'en ai plus voulu que de grasses.»
M.—«Il me paraît que nous aurons quelque peine à nous comprendre.»
K.—«Mon Dieu, non. C'est que vous êtes sentimental et que je ne le suis pas. Savez-vous sur quoi je juge la femme qui me convient? Sur son appétit. Il faut que ma maîtresse mange beaucoup, et, plus elle mange, plus je l'aime, car mieux elle se portera.»
L'argument m'a paru si fort que je me suis levé pour saluer un no 1[ [169] qui venait d'entrer dans le salon.