Reste malade: c'est-à-dire que ton état à la fois exige des ménagements, mais qu'il ne te prive pas de la faculté de sortir. Il faudra toujours consulter le mieux du moment. Sais-tu ce qui me console? C'est l'idée de nous créer un avenir plus stable que ne peuvent être tous les calculs qui ne portent que sur un état présent plus que gêné. La volonté de l'homme est une bien imposante puissance et je sais vouloir. Ne t'y trompe pas, mon amie: je n'en connais pas beaucoup qui le savent.
Tu veux que j'aie bonne opinion de toi? Si je ne l'avais pas, crois-tu que je t'aimerais? Non, mon amie, jamais je n'aimerai que l'être que je crois digne du sentiment le plus saint à mes yeux. Rien en amour n'est profane, et, dès que tel n'est pas le cas, il n'y a plus d'amour. Le jour où je t'ai dit que je t'aimais, je t'ai dit à la fois que je te respecte, que je suis plein de confiance en toi, que je te crois bonne, sûre et constante. Or, je ne suis pas injuste et si je veux que tu sois tout cela, je dois me donner tel que je te prends. Le temps te prouvera, mon amie, qui je suis.
Le meilleur moyen de me faire savoir quand tu es seule, c'est de m'envoyer des feuilles anglaises. Je prends ce soir un paquet avec moi, pour avoir un prétexte de t'envoyer Floret[ [176] si je pouvais en avoir besoin.
Nous verrons s'il ne vaudra pas mieux de ne pas aller à Waterloo[ [177]. Pourquoi tous les autres n'iraient-ils pas?
Si le projet d'aller à Anvers seul pouvait se réaliser[ [178]! Enfin, mon amie: mercredi, jeudi, vendredi, voilà ma vie.
Mon amie[ [179], tu pars et tu emportes à la fois ma vie, mon bonheur—tout! Rentre en toi, dis-toi ce que tu éprouves: tu sentiras ce que je sens, tu éprouveras ce que j'éprouve; n'en diminue rien: pas une pensée, pas un fait! Reste mon amie—toujours, pour la vie. Ne crois pas que rien puisse changer en moi; ce que je t'ai dit, le temps te le prouvera—ce que je t'ai promis, je le tiendrai. Je cesserai plutôt d'exister que de cesser d'être moi; rien n'a jamais changé en moi: pourquoi changerais-je dans un intérêt qui ne m'appartient plus, qui est devenu le tien? Mon amie, crois aujourd'hui à ma parole et à ton cœur: tu finiras par être convaincue que je ne t'ai point trompée. Je t'ai dit ce matin que je ne pouvais pleurer que quand je suis seul, ou quand je suis avec cet autre moi-même dans le sein de laquelle je puis épancher bonheur, malheur, peine et plaisir. Je t'écrirai dans le reste du jour de demain. Je ne puis plus t'écrire maintenant, car je n'y vois pas.