Mon amie, tu apprendras bien à me juger—de près si le ciel exauce mes vœux, et de loin si le sort ne les seconde pas. Tu me diras un jour—et je t'interpellerai—si j'ai bien fait mon portrait. Le jour où je croirais me tromper, je serais le plus malheureux des hommes.

21 novembre, 9 heures du matin.

Je vais faire partir cette lettre avec la commande de mes chevaux. J'espère que tu pourras la recevoir avant mon arrivée. Le fait me fera grand plaisir.

J'ai passé hier quatre fois par la rue de Cologne[ [173]. J'ignore pourquoi chaque affaire m'y mène: je ne connais plus les promenades à l'est de la ville; tout me tire vers le bord opposé. La route de Liège est une bien vilaine route; j'y ai mené ce matin Castlereagh, Capo et Nesselrode[ [174]; ils ont juré et j'ai continué à marcher; ils s'en sont retournés et je ne l'ai pas fait; j'ai quitté enfin ma route pour la reprendre à meilleures enseignes.

Ta maison n'est pas louée. Je l'ai demandé à ma vieille édentée de l'autre jour, et j'ai manqué l'embrasser. La bonne femme doit me prendre pour un acquéreur très décidé en faveur de la rue de Cologne.

Adieu, mon amie. Au revoir: je tâcherai de toute manière à te voir au spectacle lundi, et si tu fais ou bien si tu veux autre chose, dis-le à notre homme. Je veux que le premier mot qu'il me dise soit une nouvelle de toi.

Adieu et aime ton ami.

Ce 24 novembre[ [175].

Mon amie, il me reste tant et si peu à désirer, je suis à la fois si riche et si pauvre, mon âme est si satisfaite et elle ne l'est pas, le présent offre tout et l'avenir est en espérances—ma pauvre amie, que deviendrons nous? Tout ce que destin voudra!

Tes lettres m'ont fait un bien qui ne m'étonne pas; mais il m'effraie. Je te vois et je voudrais pleurer au lieu de dire des balivernes! Mais je te vois! Que puis-je désirer après et avant une aussi cruelle séparation?