Le courrier part, et je ne puis me résoudre à attendre le départ de Paul, qui peut se retarder encore de huit jours. Son beau-frère est un peu mieux aujourd'hui, mais j'ai peur que ce mieux ne soit qu'un faible répit.
Mon amie, le courrier de Paris est arrivé aujourd'hui. Il ne m'a rien porté de toi. Je suppose que N[eumann] va m'en expédier un. La première chose que je cherche toujours dans les immenses paquets qui m'arrivent, ce sont tes petites lettres, que je reconnais au format. Mon amie, les grandes affaires et les gros paquets ne pèsent guère dans la balance du bonheur.
Mon départ pour l'Italie est fixé au 23, à moins d'incidents que je ne puis prévoir. N[eumann] recevra à temps des instructions pour notre correspondance. Je n'oublierai certes pas le premier intérêt de ma vie.
Tu liras probablement incessamment dans les feuilles mon nom accroché à de nouveaux titres et à d'autres fonctions.
Il n'y a pas un mot de vrai au bruit qui est né dans quelque coin de rue, et qui, à ce titre, ne saurait manquer de faire le tour de l'Europe. L'on veut me faire plus que je ne suis, et je voudrais être moins, rien du tout. Je puis empêcher le premier, et n'ai malheureusement encore jamais trouvé le moyen d'effectuer le dernier.
Mon amie, que je serai heureux le jour où je te reverrai! Adieu, il faut que je finisse, car je ne puis retarder le départ d'un homme dont les chevaux sont mis depuis plusieurs heures. Adieu, ma bonne et chère D.
No 14.
V[ienne] ce 28 janvier 1819.
Je commence un nouveau numéro, mon amie, pour te dire que je t'aime de tout mon cœur et que je n'aime que toi. Cette lettre te sera enfin remise par Paul.