—Ah! Prokofief! Iolkine aussi, et toi aussi, Almazof! Ici! venez ici, en tas, nous dit le major d'une voix haletante, mais radoucie; son regard était même devenu affable.—M—tski, tu en es aussi… Prenez les noms! Diatlof! Prenez les noms de tout le monde, ceux des satisfaits et ceux des mécontents à part, tous sans exception; vous m'en donnerez la liste… Je vous ferai tous passer en conseil… Je vous… brigands!
La liste fit son effet.
—Nous sommes satisfaits! cria un des mécontents, d'une voix sourde, irrésolue.
—Ah! satisfaits! Qui est satisfait? Que ceux qui sont satisfaits sortent du rang!
—Nous! nous! firent quelques autres voix.
—Vous êtes satisfaits de la nourriture? on vous a donc excités? il y a eu des meneurs, des mutins? Tant pis pour eux…
—Seigneur! qu'est-ce que ça signifie? fit une voix dans la foule.
—Qui a crié cela? qui a crié? rugit le major en se jetant du côté d'où venait la voix.—C'est toi qui as crié, Rastorgouïef? Au corps de garde!
Rastorgouïef, un jeune gars joufflu et de haute taille, sortit des rangs et se rendit lentement au corps de garde. Ce n'était pas lui qui avait crié; mais comme on l'avait désigné, il n'essayait pas de contredire.
—C'est votre graisse qui vous rend enragés! hurla le major.