—Il a au moins vingt roubles, dit un autre forçat; ça rapporte d'être cabaretier.
—Allons! vous ne voulez pas de moi? mangeons alors la cuisine du gouvernement.
—Veux-tu du thé? Tiens, demandes-en à ces seigneurs qui en boivent!
—Où voyez-vous des seigneurs? ils ne sont plus nobles, ils ne valent pas mieux que nous, dit d'une voix sombre un forçat assis dans un coin, et qui n'avait pas risqué un mot jusqu'alors.
—Je boirais bien un verre de thé, mais j'ai honte d'en demander, car nous avons de l'amour-propre, dit le forçat à grosse lèvre, en nous regardant d'un air de bonne humeur.
—Je vous en donnerai, si vous le désirez, lui dis-je en l'invitant du geste; en voulez-vous?
—Comment? si j'en veux? qui n'en voudrait pas? fit-il en s'approchant de la table.
—Voyez-vous ça! chez lui, quand il était libre, il ne mangeait que de la soupe aigre et du pain noir, tandis qu'en prison il lui faut du thé! comme un vrai gentilhomme! continua le forçat à l'air sombre.
—Est-ce que personne ici ne boit du thé? demandai-je à ce dernier; mais il ne me jugea pas digne d'une réponse.
—Des pains blancs! des pains blancs! étrennez le marchand!