—Tiens, et nous non plus. J'ai encore avec moi deux camarades qui sont au service du général Coucou[31]. Nous avons un peu fait la vie, et pour le moment nous sommes sans le sou: oserai-je vous prier de bien vouloir commander un litre d'eau-de-vie?

—Avec grand plaisir, que nous lui disons.—Nous buvons ensemble. Ils nous indiquent alors un endroit où l'on pourrait faire un bon coup. C'était dans une maison à l'extrémité de la ville, qui appartenait à un riche bourgeois. Il y avait là un tas de bonnes choses, aussi nous décidons de tenter l'affaire pendant la nuit. Dès que nous essayons de faire notre coup à nous cinq, voilà qu'on nous attrape et qu'on nous mène au poste, puis chez le maître de police.—Je les interrogerai moi-même, qu'il dit. Il sort avec sa pipe, on lui apporte une tasse de thé: c'était un solide gaillard, avec des favoris. En plus de nous cinq, il y avait encore là trois vagabonds qu'on venait d'amener. Vous savez, camarades, qu'il n'y a rien de plus comique qu'un vagabond, parce qu'il oublie tout ce qu'il fait; on lui taperait sur la tête avec un gourdin, qu'il répondrait tout de même qu'il ne sait rien, qu'il a tout oublié.—Le maître de police se tourne de mon côté et me demande carrément:—Qui es-tu? Je réponds ce que tous les autres disent:—Je ne me souviens de rien, Votre Haute Noblesse.

—Attends, j'ai encore à causer avec toi: je connais ton museau. Et le voilà qui me regarde bien fixement. Je ne l'avais pourtant vu nulle part. Il demande au second: Qui es-tu?

—File-d'ici, Votre Haute Noblesse!

—On t'appelle File-d'ici?

—On m'appelle comme ça, Votre Haute Noblesse.

—Bien, tu es File-d'ici! et toi? fait-il au troisième.

—Avec-lui, Votre Haute Noblesse!

—Mais comment t'appelle-t-on?

—Moi? je m'appelle «Avec-lui», Votre Haute Noblesse.