Le lendemain, Julien n'eut pas le plaisir de causer avec son ami Guillaume; la mer était redevenue mauvaise et le vieux pilote était trop occupé pour faire la conversation.

—Assieds-toi tranquillement, mon Julien, dit André au petit garçon, cela vaudra mieux que de courir sur le pont pour embarrasser la manœuvre et risquer d'être emporté par les lames, qui sont fortes.

—Oui, André, répondit l'enfant, je vais m'asseoir dans un petit coin et m'amuser à lire tout seul pour ne déranger personne.—Et Julien, tirant de sa poche son livre, qui ne le quittait jamais, l'ouvrit à la page où il en était resté la veille. Il lut ce qui suit:

I. Il y a, à l'est de la Bretagne, deux fertiles provinces qui semblent la continuer, et qui sont arrosées aussi par la Loire ou ses affluents: c'est le Maine et l'Anjou.

Le Maine produit des chanvres et des lins, dont on fait dans le pays des toiles renommées. Les chevaux et les volailles du Maine sont d'excellente race; le pays est boisé, et le gibier y abonde.

C'est dans le Maine, près de Laval, que naquit le célèbre chirurgien Ambroise Paré. Il jouait un jour avec de jeunes villageois de son âge, et tous ces enfants couraient et sautaient ensemble. Tout d'un coup, l'un d'eux tomba et ne put se relever. Il s'était fait une grave blessure à la tête, et le sang coulait en abondance. Tous ses camarades, sottement effrayés à la vue du sang et le croyant mort, se mettent à fuir en criant. Seul le petit Ambroise, à la fois plus courageux et plus compatissant, s'approche de son camarade, lui lave sa plaie, la bande avec son mouchoir; puis, comme l'enfant pouvait à peine se remuer, il le charge sur ses épaules et le transporte chez ses parents.

Cette présence d'esprit et cette fermeté de caractère furent bientôt connues dans le pays. Un chirurgien de l'endroit en entendit parler, fit venir près de lui le petit Ambroise, et voyant qu'il ne demandait qu'à s'instruire, le prit chez lui comme aide.

A partir de ce moment, Ambroise Paré commença à étudier la chirurgie, qu'il renouvela plus tard par ses découvertes. Il devint médecin du roi. Toute sa vie est un long exemple de travail, de science, de dévouement et de modestie.

Ambroise Paré, né près de Laval vers 1517, mort à Paris en 1590. Il fut le chirurgien des rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III.