— Le travail est la plus belle et la plus saine des écoles, mademoiselle, mais il est difficile aux femmes qui n'y ont pas été préparées… Avez-vous pensé à tous les dangers qui peuvent guetter une jeune créature abandonnée dans la lutte, sans argent, sans gagne-pain, jolie… et innocente comme un petit enfant?

Mlle Arguin avait tressailli. Kerjean s'était pris à la croire touchée, émue peut-être dans sa terreur sacrée du mal. Mais presque aussitôt ces paroles étaient tombées glaciales:

— Une honnête fille, une bonne chrétienne n'a rien à craindre des pièges du monde, monsieur… Aussi bien ne me semble-t-il pas que Phyllis Boisjoli soit en droit de se sentir abandonnée si elle compte beaucoup d'amis aussi ardents à la défendre que… vous!

Une portière se souleva, la jeune fille entrait.

Elle tendit ses deux mains à Kerjean qui les serra et les garda un moment dans les siennes.

— Oh! Kerjean, mon ami!… Comme vous êtes bon!

Elle avait maigri. Elle s'assit sur une petite chaise basse.

Devant ce visage navré, dire: "Avez-vous décidé quelque chose? Quels sont vos projets?…" Il n'osait pas… il ne voulait pas… Jamais il n'avait mieux compris l'impuissance profonde de son amitié d'homme.

Le silence pesa sur eux.

Puis la voix fragile reprit: