— Un emploi m'a été proposé… Des gens qui passent deux mois à Houlgate veulent emmener une jeune institutrice pour surveiller leur petite fille et la faire travailler… S'ils sont contents, ils garderont l'institutrice à Paris…
Kerjean prit une des mains pâles et, sans un mot, y appuya ses lèvres.
— J'aurai voulu pleurer en paix… Et voilà… cela ne m'est plus permis…
— Ma pauvre enfant, fit Kerjean, vous me faites plus de peine encore avec votre calme d'aujourd'hui qu'avec vos sanglots éperdus d'il y a trois jours… Vous êtres très courageuse pourtant…
— La pauvre Ribes a cherché, en même temps pour elle et pour moi… Mlle Arguin m'avait également offert son appui… Elle compte sur le travail pour me régénérer… Et peut-être est-elle bien aise de se débarrasser de moi.
— Cette créature est odieuse!…
Un petit sourire triste parut sur la jeune bouche.
— Mon vieux Kerjean, vous êtes furieux qu'elle ait tout cet argent… qui, par le fait, lui revenait de droit.
— Oh! ce n'est pas son argent que je lui reproche, corrigea le jeune homme.
— Vous lui reprochez aussi ses mauvais sentiments envers moi… Mais sont-ils sans excuses? Marraine, la chère marraine, si bonne pourtant, n'a jamais aimé sa nièce… qui le sentait bien… Moi, je trouvais Mlle Laure infiniment sévère, horriblement ennuyeuse… j'étais polie avec elle, rien de plus… Comment eût-elle aimé la fillette indifférente qu'elle accusait de lui avoir pris le coeur… et aussi, Kerjean, — oh! oui! maintenant je le comprends!… — la fortune de sa tante? Elle était la parente pauvre, oubliée, négligée, à peine supportée.. J'étais l'étrangère heureuse, aimée… oh! si aimée! si aimée!… Oh Kerjean, maintenant, je n'ai plus personne qui m'aime, personne… que vous, mon ami!