Le coeur serré, Kerjean pensait au temps où, toute petite et tendrement chérie, Phyllis lui disait les mêmes paroles.
— Ma pauvre enfant, le Bon-géant tient à rester votre "meilleur et unique ami". Cependant, vous avez d'autres amis, Phyllis…
Les yeux brillants de Phyllis s'arrêtèrent sur les siens.
— Kerjean, si vous aimiez une jeune fille et qu'elle se trouvât dans l'horrible situation où je suis,… est-ce que vous l'auriez laissée plus d'une semaine sans un mot de vous?… Est-ce que vous ne viendriez pas la voir?… Est-ce que… dites, Kerjean?
— Petite Phyl, il y a des questions de bienséance, de correction… Peut-être, après tout, est-il plus discret, plus délicat de la part d'un homme qui aime de ne pas choisir un moment…
Phyllis l'interrompit:
— Oh! Kerjean… Dire ou écrire à une pauvre enfant: "Vous n'êtes pas seule dans la vie, je vous aime… Faites un signe et je… Kerjean, vous, vous auriez…
— Ma petite Phyl, fit Kerjean avec une douceur tendre et quasi paternelle, ces mots-là, quelqu'un avait-il le droit de vous les dire?
— Mon ami, vous savez déjà qu'il s'agit de M. de Mauve… Je l'avais rencontré le printemps dernier à Paris… Nous l'avons retrouvé à Vichy… Il me plaisait beaucoup!… Le monde entier prenait un air de fête, parce que je pensais : "Il m'aime!". Les derniers jours, surtout!… J'étais si heureuse! Il ne s'occupait que de moi… Il ne voyait que moi!… La veille de notre séparation, à Vichy, il a saisi ma main et l'a effleurée de ses lèvres… Oh! à peine!… Mais il ne m'a jamais dit un mot d'amour… Depuis… il ne m'a plus donné le moindre signe de vie…
Une telle angoisse tendait le regard qui interrogeait les yeux de
Kerjean que, troublé par cette supplication muette, le jeune homme dit: