Je suis calme, vous voyez… Je voudrais être brave…
Les larmes avaient jailli.
— Vous êtes très brave, affirma Guillaume.
— Mon ami, je suis très jeune, très ignorante… Tout est confus en moi… Comprenez-vous qu'à sentir tout à coup, brutalement, qu'aux yeux de certains hommes on n'est qu'une sorte de proie, on prenne tous les autres en horreur, en dégoût?… Je n'aimerai plus jamais personne… Je ne me marierai jamais…
Kerjean l'avait écouté sans songer à l'interrompre, étrangement heureux. Soudain, il comprit que la mariage de Phyllis l'eût révolté comme un sacrilège. Il avait entendu parler de la jalousie des pères qui marient leur fille, âpre chez certains comme une jalousie d'amant. Il pensa que cette passion complexe, paradoxale, devait ressembler, singulièrement, à ce qu'il venait lui-même de pressentir.
Le Bon-géant eût voulu abriter de tout mal et de toute peine la frêle petite princesse…
— Phyllis, dit-il, vous n'avez pas vingt ans, petite Phyl, et moi, j'ai confiance. Je veux croire que, malgré cette désillusion qui l'a blessé, votre coeur n'est pas mort… qu'il se réchauffera au contact d'un autre coeur encore ignoré de vous et de moi, mais qui sera très bon, très aimant, très fidèle…
— Vous me prenez toujours pour une fillette, vieux Kerjean, une fillette qui vient de casser sa poupée et à qui l'on en promet une nouvelle… Sans doute l'avenir montrera que vous avez tort…
X
Kerjean, oisif, un peu las, rêvait à des choses imprécises.