Kerjean m'a dit: "Vous plairait-il de quitter Paris pour une huitaine? Patain m'offrait quelques jours de congé, à l'occasion de mon mariage… Je n'ai pas osé refuser… Nous irons où vous voudrez…"
J'ai battu des mains et j'ai répliqué:
— Quel bonheur! Nous irons à Bruges!
Kerjean a paru contrarié.
— A Bruges? Ce n'est guère la saison. Ne vous semblerait-il pas plus agréable de lézarder au soleil de quelque plage bleue, Cap-Martin ou San-Remo?
— Le soleil m'énerve et je déteste le bleu… Bruges est l'unique lieu du monde où je me soucie d'aller.
Il a dit simplement:
— Ah!
Et il n'a pas demandé pourquoi. Il n'a vu là qu'une toquade de la petite princesse… Je suis toujours la petite princesse pour Kerjean…
Avant-hier, quand on nous a mariés dans la petite chapelle du couvent, j'étais triste, très triste… Je pensais à ma chère marraine, je pensais à l'homme que, tant de fois, mes rêves m'avaient montré agenouillé à mes côtés sous la bénédiction du prêtre… Je pensais à tout "ce qui aurait pu être…" et ne serait jamais.