Et je me disais: "Puisque j'ai renoncé à l'amour, puisque mon roman est fini… à quel être plus sûr, plus fidèle, plus noble eussé-je pu confier ma vie?"

Un moment, comme nous étions debout, j'ai levé les yeux vers Kerjean, si grand près de moi. Il était pâle. Rien de sa pensée ne transparaissait sur ses traits un peu raidis. Mais je devinais. Il disait à Dieu: "Mon Dieu, aidez-moi, dans la tâche que j'accepte sincèrement, bien que je la juge folle…Bénissez ma précieuse petite Phyl, ma petite soeur choisie… Faites qu'elle soit heureuse, quand même… Je serai pour cette enfant l'ami fidèle, le frère dont elle a besoin; je la conduirai par la main, je la garderai du mal… Je prends la responsabilité de sa vie."

Et voilà, c'est une petite princesse qui est partie pour Bruxelles.

Nous avons dîné dans le wagon-restaurant. C'est si follement amusant!

L'hôtel où nous sommes descendus, à Bruxelles, donne sur le parc, dans la partie haute de la ville.

J'ai dormi comme une marmotte toute la nuit et presque toute la matinée. Aussitôt prête, j'ai frappé à la porte de Kerjean. Il m'a demandé de mes nouvelles.

— Je vais très bien, je me sens heureuse de vivre… Comme tout est amusant! Ce matin, en m'éveillant, je me suis tout à coup rappelé que nous sommes mariés… et je me suis mis à rire toute seule…. Et vous, Kerjean?

— Je ris moins facilement que vous….

Puis, après une petite pause, il a ajouté:

— Vous feriez mieux de ne plus m'appeler par mon nom de famille…