— Ah ! vraiment, fit le colonel Fargeot.
Et il était visible que les affaires de famille du citoyen Pouponnel ne l’intéressaient pas plus que ne l’exigeait strictement la politesse.
L’aubergiste s’étonna sans doute de cette indifférence persistante, car il regarda plus attentivement son jeune client.
— Si la chose n’était pas bien invraisemblable au lendemain d’une victoire qui doit vous avoir mis le cœur en fête, reprit-il, je dirais que vous paraissez triste, citoyen…
Pierre releva la tête.
— Je suis triste, en effet, répondit-il, je suis même plus que triste… je suis malheureux… car, tandis que j’accourais à Brémenville tout fier, tout joyeux de mon grade nouveau, mon père, malade depuis plusieurs jours sans que j’eusse pu en être averti, était à l’agonie… quelques heures à peine après mon arrivée, il est mort dans mes bras…
— Oh ! c’est affreux… et je vous plains bien sincèrement…
Il y eut un silence. Puis, incapable de contenir longtemps la naturelle agilité de sa langue, l’aubergiste demanda :
— Votre père était de Brémenville ?
— Non, mais il y remplissait depuis deux ans les fonctions de maître d’école…