— Bien rarement. Ma tante, qui craint toujours que notre présence au château ne soit connue, m’interdit toute imprudence.
Pierre ouvrit avec précaution la porte qui lui avait permis de pénétrer dans la salle aux portraits.
— Voulez-vous voir le soleil, ce matin ? dit-il. Je sais à quelques pas d’ici un vieux balcon dont l’orientation nous promet un beau spectacle… et vous n’avez à redouter aucune surprise… tout dort encore dans le bois.
Mademoiselle de Chanteraine hésita, puis, tentée, elle eut un petit geste d’insouciance gaie et suivit le jeune homme.
Ils n’eurent, en effet, que deux chambres à traverser pour gagner le vieux balcon de pierre ajourée que Pierre avait remarqué la veille en passant.
Là, les ruines du château, les arbres du parc, le ciel leur apparurent divinement glorifiés, sous les lueurs roses du matin. Après la pluie de la veille, le soleil s’était levé superbe, triomphant. Pourtant, un souffle encore frais agitait le lierre qui enguirlandait l’ogive de la fenêtre et traînait dans l’air des parfums de terre humide et de plantes ravivées… Des oiseaux chantaient éperdus de joie…
— Oh ! quelle douceur, quelle beauté dans les choses de Dieu ! murmura mademoiselle de Chanteraine.
Appuyée au mur, ses blonds cheveux poudrés touchant les feuilles sombres du lierre qui semblaient vouloir se mêler à eux pour les couronner, ses yeux bleus s’emplissant des douceurs lumineuses de l’aurore, elle regardait, elle écoutait, elle respirait avec délice, elle s’enivrait de la vie saine et libre des êtres et des choses de la campagne. Pierre, lui, ne voyait que Claude, n’entendait que le léger souffle de ses lèvres émues, ne respirait que le parfum de ses cheveux et de ses dentelles, ne se grisait que de son charme fin de fleur vivante…
Et ils se taisaient, pris par l’enchantement de l’heure, beaux tous deux, lui en sa force, elle en sa grâce, jeunes tous deux et pleins de vie, au milieu de ces ruines qu’escaladaient gaiement et follement autour d’eux, comme eux jeunes et belles, les lianes fleuries, les plantes fées qui avaient gardé si longtemps le sommeil de la princesse…
Puis, dans le silence, Pierre murmura :