— Je veux bien… murmura-t-elle.

— … Et ce me serait, en attendant, chose si douce, continua l’officier, de penser que mon humble anneau est peut-être touché quelquefois par vos doigts de châtelaine… Il n’était point certes destiné à de telles mains ! Souvent, cependant, il me semble qu’il est un peu fée et m’aurait averti de ma faute, en s’élargissant démesurément ou en se rétrécissant, jusqu’à n’être plus mettable, si j’avais voulu le passer au doigt d’une femme qui ne fût point la toute charmante et la toute pure que je voyais en rêve… Le voici.

Et ouvrant un étroit et très simple étui de bois, le colonel Fargeot en tira une bague d’or qu’il tendit à mademoiselle de Chanteraine.

La jeune fille attendait, souriante, un peu embarrassée, un peu émue peut-être ; mais, quand elle eut pris la bague de Pierre Fargeot, tout son visage blêmit et ses yeux agrandis soudain exprimèrent une angoisse éperdue.

— Cette bague, s’écria-t-elle… où votre père l’avait-il achetée ?… de qui ?… Parlez vite… il me semble que je deviens folle !

Mais Pierre effaré n’eut pas le temps de répondre. Une voix appelait Claude avec insistance. C’était celle de M. de Plouvarais.

— Je viens, cria mademoiselle de Chanteraine.

— Il nous faut rentrer, monsieur, fit-elle précipitamment, s’adressant cette fois à Pierre.

Elle parut hésiter un moment. Comme elle avait atteint le seuil de la porte-fenêtre, elle se tourna vers l’officier :

— Pas un mot de tout ceci, je vous en prie, dit-elle.