Puis elle entra dans le château et Pierre, en proie à la plus écrasante surprise, la suivit.
DEUXIÈME PARTIE
I
LES BAGUES CISELÉES
Fargeot avait à peine regagné le salon de l’épinette que mademoiselle Charlotte l’avait déjà très gracieusement prié de prendre part au dîner qui était servi.
— En été, — expliqua la vieille demoiselle, comme on passait dans une salle à manger assez délabrée, — notre premier repas, que nous appelons le déjeuner, est fixé à onze heures du soir, et le second, que nous appelons le dîner, à cinq heures du matin… C’est une habitude que…
Mais elle ne put achever sa phrase, brusquement interrompue par un bruit formidable de vaisselle cassée.
Un vieux domestique, vêtu d’une livrée bleue dont les galons d’argent ne brillaient plus guère, venait de laisser tomber une pile d’assiettes.
— Eh ! mon pauvre Quentin, quel transport te prend ? s’écria M. de Plouvarais, tandis que le vieillard, tout tremblant de sa mésaventure, s’accroupissait pour ramasser les débris de la catastrophe.
— Je suis sûre que c’est la vue de M. Fargeot qui a troublé Quentin, fit mademoiselle Charlotte, appuyant involontairement sur le nom plébéien du colonel. Je lui avais pourtant bien annoncé la présence d’un convive… mais il y avait si longtemps qu’un étranger n’avait franchi le seuil du château que sa vieille cervelle s’est trouvée bouleversée comme ses vieilles habitudes, par un tel événement ! Pas vrai, Quentin ?
— Que madame me pardonne cette maladresse, répondit Quentin dont les yeux se fixaient en effet sur le visage de Pierre. Madame a raison… J’avais oublié la venue de… d’un étranger au château… j’ai été saisi…