Il s’était levé, attendant une parole. Il n’attendit pas longtemps.
— Tout à l’heure, monsieur, fit la jeune fille d’une voix ferme, vous alliez partir, et, à l’insu de mes parents, je vous ai prié de rester ; maintenant me voici près de vous et personne ne sait à Chanteraine que je vous ai rejoint… Cette prière que je vous ai adressée a dû vous étonner beaucoup ; ma présence ici doit vous surprendre plus encore… Il fallait, en vérité, pour qu’une fille comme moi se résolût à une telle démarche que des intérêts singulièrement graves se trouvassent en cause… Mais vous l’aurez compris, car vous êtes un galant homme… Et vous aurez compris aussi, j’espère, combien est grande la preuve d’estime que je vous donne en ce moment.
— L’idée ne m’est pas venue, mademoiselle, répondit Pierre, de porter un jugement, quel qu’il fût, sur l’avertissement que j’ai reçu de vous… J’ai pensé seulement que vous alliez peut-être me donner l’occasion de vous servir… et j’en ai été très heureux.
Le visage de Claude, si sérieux, presque triste l’instant d’avant, exprimait maintenant la confiance douce, presque enfantine que Fargeot y avait vue déjà.
— Il faut, il faut que je vous parle, monsieur, reprit la jeune fille… Oh ! je ne sais que penser… je suis si troublée… Cette bague que vous vouliez laisser à ma garde… et que je vous ai rendue… montrez-la-moi encore, je vous prie… Et, rappelez bien vos souvenirs… C’est votre père qui vous l’a donnée ? il y a longtemps ?
— C’est mon père ; il y a environ neuf ans… Je fus alors frappé du travail délicat et bizarre qui faisait de cette simple bague un objet d’art fort curieux et m’empressai de demander à mon père où il avait acquis un bijou si singulier. « Chez un antiquaire de Paris, me répondit-il… Je destinais cet anneau, dont l’achat remonte loin, à ta mère qui est morte avant de l’avoir porté… ta femme le portera. » Voilà, mademoiselle, tout ce que je sais, et, sans doute, tout ce que mon père lui-même savait, du petit talisman d’or que je désirais vous confier. A son lit de mort, cependant, il m’en reparla pour me recommander encore de l’offrir, un jour, à ma fiancée…
— A votre fiancée… répéta vaguement mademoiselle de Chanteraine.
Puis elle se mit à regarder la bague attentivement. A l’intérieur, au milieu de signes étranges, une devise était gravée, en caractères gothiques : Prie et espère.
Pierre Fargeot, anxieux, troublé, inquiet même, sans définir très clairement la cause de son inquiétude, assistait en silence à ce long examen.
— Quand votre mère est-elle morte ? demanda la jeune fille.