— A la fin de l’année 1777. Je n’avais alors qu’un an et demi.

— C’était avant, murmura mademoiselle de Chanteraine.

Elle semblait se parler à elle-même, fixant toujours, comme fascinée par l’éclat du métal, l’étroit cercle ciselé.

— Cette bague vous rappelle quelque chose ? hasarda Pierre.

Claude leva les yeux et, tenant toujours la petite bague étrange :

— Quelque temps après ma naissance, dit-elle, sans répondre directement à la question de l’officier, mon grand-père fit exécuter, sur un dessin qu’il avait lui-même composé et dont les détails semblaient avoir été empruntés à quelque formulaire de magie, deux bagues d’or qui nous étaient destinées à mon cousin Gérard et à moi et que nous devions échanger, le jour de nos fiançailles… Ces deux bagues ne différaient entre elles que par la devise qui y était gravée. Au moment où l’orfèvre les lui livra, le duc de Chanteraine en remit une à ma tante Irène ; il me donna l’autre à moi beaucoup plus tard… Je n’ai jamais vu la première, celle que je devais recevoir de Gérard, et j’ignore la devise qu’elle porte… Quant à la seconde, à celle que j’aurais moi-même offerte à mon fiancé, elle est toujours en ma possession et recèle ces trois mots : Espère et agis… La voici.

II
LA LÉGENDE DE LA CHANTERAINE

Claude prit sur la console, où elle l’avait déposé lorsqu’elle était entrée, un coffret d’émail champlevé, en forme de châsse, l’ouvrit vivement et en tira une bague.

— La voici, répéta-t-elle, regardez-la…

Pierre faillit jeter un cri de surprise.