— Oui, mademoiselle, je vous l’ai dit, je vous le répète, vous pouvez m’accorder, sans crainte, cette confiance dont je suis fier, — répondit Pierre Fargeot, la voix un peu altérée par l’émotion qui le prenait tout à coup à la gorge, — et vous pouvez me l’accorder, non pas seulement parce que je suis un homme d’honneur, mais aussi parce qu’un dévouement absolu vous est acquis en moi… Je vous jure de vous servir, de vous aider de tout mon pouvoir, de toutes mes forces comme de toute ma discrétion…

— Je ne vous demandais point de serment, reprit Claude avec la même douceur, mais je suis heureuse de voir que vous avez compris toute l’importance, toute la gravité de la question que je posais à votre conscience… Ce que je vais vous confier semble appartenir, comme le reste, au monde du roman…

En prononçant cette dernière phrase, mademoiselle de Chanteraine s’était dirigée vers l’une des portes.

— Voulez-vous me suivre, monsieur Fargeot ? ajouta-t-elle.

Et légère, silencieuse comme une ombre, sa jolie robe démodée frôlant les tapis clairs, elle gagna la galerie.

III
LES DEUX DEVISES

Ils traversèrent en quelques instants plusieurs pièces, puis un long couloir qui aboutissait à une porte que Claude ouvrit. Alors apparut, étroitement encadrée par les murs cintrés de la tourelle d’angle, la spirale d’un escalier de pierre.

— Venez, murmura la jeune fille.

Et, avant que Pierre eût pu lui offrir l’appui de sa main, elle s’était engagée sur les degrés, franchissant un premier tournant qui l’avait dérobée à la vue de son compagnon. Arrivée au bas de l’escalier, elle fut arrêtée dans sa marche agile par une nouvelle porte, et la serrure résista à l’effort nerveux de sa petite main de femme.

Cette fois, comme Claude acceptait l’intervention de Pierre, le jeune homme vit qu’elle était très pâle et qu’elle tremblait…