— Ne faites pas de bruit ! supplia-t-elle… Prenez du moins toutes les précautions possibles pour ne pas troubler ce silence… qui me semble plein de menaces…

Mais, déjà la porte récalcitrante avait cédé et le gémissement lamentable de ses gonds avait laissé dormir les échos de Chanteraine.

— N’ayez pas peur, je vous en prie… vous êtes en sûreté… je veille sur vous… dit Pierre, en s’effaçant pour livrer passage à la jeune fille.

— Nous voici au but, répondit-elle.

Et, précédant l’officier de quelques pas, elle alla relever les rideaux qui, dans le lieu encore à demi obscur où elle venait d’entrer, couvraient de leurs plis une assez vaste fenêtre.

Alors, à la lueur ensoleillée qu’atténuait à peine, en ce beau matin d’été, les persiennes closes au delà des vitres, Pierre vit qu’il se trouvait avec mademoiselle de Chanteraine, dans une pièce lambrissée de vieux chêne où deux vitrines, remplies d’armes de chasse, se faisaient vis-à-vis, perpendiculairement au mur extérieur.

Fermée, la porte de la tourelle s’encastrait très exactement, à droite de la fenêtre, dans un double panneau de chêne sculpté qui occupait, en pan coupé, toute la hauteur de la pièce et qui offrait, à partir de la cimaise, l’aspect d’un immense diptyque représentant deux scènes champêtres, la moisson, les vendanges… Au-dessus de la première de ces scènes se lisait, profondément incrustée, en lettres d’argent bruni, dans l’encadrement de chêne, cette vague sentence : « Moissonnera en joie qui a semé avec sagesse » ; au-dessus de la seconde, cette autre : « A bon vigneron, bonne vigne. »

A gauche de la fenêtre, le même pan coupé était simulé pour la symétrie de la décoration et orné également d’un panneau sculpté en forme de diptyque. Là, commentant, d’un côté, le sourire béat d’un vieillard entouré d’enfants, de l’autre, les danses joyeuses d’un groupe d’écoliers devant un bonhomme de neige, les lettres d’argent bruni disaient avec plus d’optimisme que d’élégance : Tout âge a ses privilèges. — Toute saison a ses plaisirs. »

Le mur qui regardait la fenêtre et contre lequel quelques sièges de cuir de Cordoue étaient rangés, portait une panoplie faite d’armes étrangères et d’armes anciennes.

— Nous voici au but, répéta Claude… C’est ici que je voulais vous conduire, c’est ici que nous allons savoir…