Tout à coup, le jeune homme eut besoin de se rappeler que la petite bague d’or avait disparu pour les Chanteraine, depuis vingt-deux ans, onze ans avant la Révolution française, afin d’échapper à l’affreuse tentation d’en faire le hideux trophée d’un massacre…

Hélas ! ce nouveau doute chassé, qui prouvait en somme à Pierre qu’aucun autre rapprochement sinistre ne devait être fait entre l’histoire mystérieuse de ce bijou qui avait appartenu aux Chanteraine et la faute inavouée d’Antonin Fargeot ?… Quel nom, quel nom révélateur l’agonie du maître d’école avait-elle vainement cherché ?… Celui d’une victime peut-être…

L’espace d’une seconde, cette idée atroce s’empara si complètement du jeune homme que tout son sang lui afflua au cœur…

Mais, il se ressaisit et la douce figure d’Antonin Fargeot reparut, dans son souvenir, purifiée de tout soupçon… Antonin Fargeot n’avait jamais cessé d’être le meilleur, le plus droit, le plus noble des hommes… Il n’avait pu connaître la torture du remords que par la fièvre et le délire qui avaient troublé, abusé son cerveau…

Cependant un charme était rompu, et le fils du maître d’école se raillait maintenant de ses prétentions absurdes : mademoiselle de Chanteraine épouser le colonel Fargeot !!! Quelle folie !

Les yeux vagues, les lèvres très pâles, Claude semblait sortir d’un rêve.

Ému de la voir si éprouvée, souffrant de se sentir si impuissant à la consoler, à la soutenir, Pierre la regarda avec une pitié profonde.

— Êtes-vous mieux, un peu plus forte ? demanda-t-il.

— Je suis mieux, oui… c’est passé… Je suis encore un peu étourdie, voilà tout.

Elle se tut un instant, puis son regard qui se levait rencontra les yeux anxieux de Pierre et, soudain, une violente rougeur colora ses joues blêmes…