— Mon Dieu, fit-elle, que dois-je penser de cette bague… que puis-je croire ?… je ne sais plus… il me semble que j’ai vécu des années en une seule nuit… depuis cette minute où, à peine éveillée d’un rêve qui m’avait fait entrevoir un avenir heureux, tout proche… j’ai cru…

Elle hésita, puis regardant Pierre avec je ne sais quoi d’étrange, de presque hagard dans les yeux, elle acheva, comme effrayée de ce qu’elle disait :

— … J’ai cru voir en vous Gérard de Chanteraine… Oui, j’ai cru le voir… au point de vous accueillir par des paroles… qui vous ont paru bien singulières, sans doute… Et cependant, vous ne m’aviez pas encore donné cette bague… cette bague qui semble s’être échappée de la tombe ! Dites-moi… que faut-il que je croie ?… Êtes-vous sûr que ?…

Elle s’arrêta brusquement.

Pierre souriait avec une grande tristesse.

— Je m’appelle Pierre Fargeot, fit-il, je suis le fils d’un maître d’école de village et d’une ouvrière… Non, ce n’est pas à Pierre Fargeot qu’il appartenait de vous réveiller de ce rêve heureux… Pardonnez-lui d’avoir pris un instant la place d’un autre !…

Mademoiselle de Chanteraine secoua la tête, sans savoir que dire, craignant vaguement de dire trop ou trop peu.

Il y eut un silence très long, très lourd…

— Il faut que je parte, murmura Pierre.

Lentement, sans se parler, ils refirent, à travers le château, le chemin sur lequel, peu de temps auparavant, ils s’étaient sentis entraînés par une impatience fiévreuse.