Ainsi, ils se retrouvèrent devant le portrait du vieux duc de Chanteraine.
— Voici votre bague, dit Claude, tendant au jeune homme le petit cercle ouvragé. Je me demande, hélas ! si, comme talisman, elle méritait d’être gardée avec tant de soin !
— Mais, s’écria Pierre, elle vous appartient…
— Elle n’eût pu m’appartenir, repartit gravement mademoiselle de Chanteraine, que si je l’avais reçue de Gérard, mon fiancé… reprenez-la.
Sans répliquer, Pierre obéit et prit la bague.
Alors, les beaux yeux bleus de la princesse au bois dormant se levèrent une fois encore sur le colonel Fargeot, l’enveloppant d’un regard de bonté très douce :
— Adieu, monsieur, fit la jeune fille, je vous souhaite bonheur et gloire… Nous ne nous sommes connus que pendant un temps bien court… Il me semble, pourtant, que les quelques heures qui nous ont rapprochés ont fait de nous des amis… Il est doux de se trouver en contact avec une âme droite, une conscience fière… et vous m’avez prouvé qu’il y en a dans tous les partis… Nous ne nous reverrons jamais, sans doute… mais j’aimerai, je le sais, à me rappeler notre rencontre… et je serai contente que vous ne l’oubliiez pas.
Une émotion poignante blêmissait Pierre Fargeot.
— Je ne l’oublierai jamais… balbutia-t-il. Jamais… Adieu, mademoiselle… je vous souhaite à mon tour…
Il se tut, ne pouvant achever.