— Tante Manon, continua l’officier, la volonté des mourants doit être respectée… Qui ménagez-vous ? Moi, grand Dieu ! Ne voyez-vous pas que toute certitude me serait moins horrible que cette anxiété, que ce doute ?… Ah ! je vous en prie, je vous en conjure… Ce secret ?
— Ce secret… hélas ! mon pauvre petit, c’est celui de ta naissance…
Ces mots n’étaient pas prononcés que, déjà, Pierre avait saisi convulsivement les mains de la pauvre vieille.
— Le secret de ma naissance… je ne suis donc pas…
— Tu n’es pas le fils d’Antonin Fargeot, tu n’es pas le fils de Remiette Aublet, sa femme, non, mon enfant, non… soupira Manon.
Pierre était livide.
— Mais le nom de mon père… le nom de mon vrai père… vous le savez ?
Les mains de la bonne femme tremblèrent plus fort.
— Oh ! mon Dieu, ce nom, fit-elle… Ne te l’a-t-il pas dit ?… Ne te l’a-t-il pas dit à l’instant suprême… comme un nom quelconque, tu comprends, sans dire autre chose… Rappelle-toi bien ?
— Vous l’avez oublié ! clama Pierre.