— Un coffret ! mais que contient-il ?
— Presque rien ! de menus bijoux… rien qui porte un nom, un chiffre ou des armes… car ton père portait un titre, sous l’ancien régime, je le sais…
— Oh ! vous me rendez fou ! gémit le pauvre Pierre. Ce coffret, montrez-le-moi… par pitié !…
La tante Manon se leva aussitôt et entra dans la maison, où le jeune homme la suivit. Là, elle tira d’une antique armoire à cachettes un petit coffre d’émail champlevé… et Pierre, éperdu, crut voir celui que, quelques jours auparavant, mademoiselle de Chanteraine avait ouvert sous ses yeux.
— Regarde, fit la vieille sans remarquer que l’officier terrassé par l’émotion ne l’interrogeait plus, ces objets t’appartiennent. Quand Antonin Fargeot te prit pour son fils, tu portais au cou cette chaîne d’or avec cette jolie médaille de Saint-Michel… Il y avait aussi une bague, une petite bague de femme, mais Antonin ne me l’a pas donnée, c’était comme un talisman qu’il gardait… Et puis, regarde encore… voici autre chose, une clé d’argent toute ciselée… Ah ! pourquoi, pourquoi ton nom n’est-il pas écrit sur ces bijoux, mon pauvre enfant ?
… Mais le nom que les lèvres du maître d’école n’avaient pu proférer dans les affres de l’agonie, le nom que Manon Fargeot cherchait en vain, le nom mystérieux flamboyait déjà sur le coffret à reliques, sur la chaîne d’or, sur la clé d’argent, aux yeux extasiés de l’homme qui aimait Claude de Chanteraine.
TROISIÈME PARTIE
I
LE RÊVE DE CLAUDE
Tandis que mademoiselle Charlotte de Chanteraine et son cousin, le chevalier, absorbés dans une partie de tric-trac, oubliaient les destinées de la monarchie française, tandis que M. Fridolin relisait Plutarque sans chercher à se rappeler combien de fois il l’avait déjà lu et que mademoiselle de Plouvarais laissait errer sur le vieux clavier ses petites mains étiolées, Claude s’était assise, une broderie à la main, dans le boudoir imprégné d’iris où la lueur rosée des lampes discrètes caressait si doucement la grâce mignarde des bibelots et la pâleur fanée des soies.
Mais l’ouvrage avait roulé bientôt le long de la jupe à bouquets, jusqu’au coussin où s’appuyaient, un peu nerveux, deux pieds très petits chaussés de souliers clairs à très hauts talons ; et, comme le jour où le colonel Fargeot avait pénétré dans le château qu’il croyait désert, la jeune fille, abandonnant toute occupation précise, s’était alanguie en une pose plus paresseuse.