Et elle se leva.

Sa voix s’était glacée ; son visage s’était fait sérieux, presque sévère.

La figure pâle d’Antonin se bouleversa.

— Ah ! mon Dieu, quelle folie de vous avoir dit tout cela, s’écria le malheureux. Oui, quelle folie… Peut-être un jour, un autre jour, l’auriez-vous su… mais je voulais qu’auparavant mon livre fût achevé, parce que… parce que je vous l’aurais donné… Et maintenant, tout est fini, tout est brisé… Ah ! mon Dieu, mon Dieu, comme on s’entend à se dépouiller soi-même du peu de bonheur qu’on a !

La jeune fille ne répondit pas. Sa contenance était très froide. Cependant ses yeux n’étaient point durs : ils avaient pitié. Debout, à quelques pas d’elle, Antonin Fargeot était si blême qu’on eût pu le croire prêt à défaillir.

— Écoutez, mademoiselle, murmura-t-il, le souffle pénible, oppressé, je vous ai bien aimée… Vous étiez mon âme… Mon âme ! comprenez-vous ? C’est par vous que je vivais, que j’agissais… par vous et pour vous, seulement… Je vous souhaite… oh ! sans amertume, je vous le jure… je vous souhaite d’épouser un homme qui vous aime aussi profondément, aussi absolument que je vous aimais… Adieu.

Irène répéta :

— Adieu.

Alors, éperdu, le jeune homme se précipita vers la porte ; mais là, il se heurta au comte de Champierre qui l’attendait sur le seuil, les bras croisés, un sourire d’ironie pinçant ses lèvres pâlies par la colère.

— Halte-là, fit le vieux gentilhomme comme Antonin s’arrêtait épouvanté, halte-là, monsieur le drôle !… Ah ! M. de Vaudreuil choisit bien ses protégés… Et c’est un joli coquin, en vérité, celui que je comble de mes bontés et qui m’en remercie en insultant ma fille !…