— Je crois, monsieur, avoua-t-elle, que votre cœur eût été digne d’une meilleure cause… cependant si séduisante et courageuse qu’elle soit, votre profession de foi n’en correspond pas moins au raisonnement le plus spécieux, et je persiste à croire qu’un Chanteraine…

A ce moment, on vit une chose si étonnante que les murs de Chanteraine eux-mêmes crurent en reculer de surprise et d’effroi… Le vieux Quentin qui s’était faufilé, on ne sait comment dans la salle des portraits et dont la présence était trop familière à tous les habitants du château pour que personne s’en fût aperçu ou, tout au moins troublé, le vieux, le fidèle Quentin venait de couper la parole à mademoiselle Charlotte de Chanteraine !

— Rien n’est plus facile, déclarait-il, que de s’assurer de l’identité de Gérard de Chanteraine…

— Oh ! parle, parle, Quentin ! supplia Claude malgré elle.

— Pendant le temps que M. le marquis et madame la marquise passèrent à Chanteraine, continua le vieillard, notre enfant, qui commençait à peine à marcher, fit une chute dont chacun s’effraya… Une coupe de cristal que le pauvre petit avait prise sur la table, sans que la nourrice s’en aperçût, s’était brisée dans le choc et l’avait blessé à la main…

— A la main et au front, acheva M. Fridolin.

— C’est vrai, je n’ai point oublié ce détail, confirma mademoiselle Charlotte pensive. L’enfant perdit beaucoup de sang jusqu’au moment où les deux plaies purent être recousues… et le médecin qui soignait Gérard annonça que la cicatrice de ces coupures ne s’effacerait probablement jamais…

— Je m’en souviens, s’écria M. de Plouvarais.

— Je m’en souviens aussi, acquiesça mademoiselle Marie-Rose.

— Moi, je ne me souviens de rien, murmura Pierre avec une sorte de lassitude découragée, car ce débat lui était affreusement pénible… Cependant, j’ai à la main une marque assez profonde… et que je me suis toujours connue…