Mais, tandis que le colonel Fargeot parlait, Quentin s’était encore rapproché. Tout à coup, avec une familiarité affectueuse de vieux serviteur, il posa sa main sur le front du jeune homme et écarta brusquement la masse ondée des cheveux bruns. Alors, apparut à la tempe gauche, très nette sur la peau hâlée, une petite cicatrice blanche.
— Voyez ! s’écria-t-il. Puis il y a la ressemblance qui m’a ébloui, moi, tout de suite !…
Et saisissant la main que Pierre avait instinctivement ouverte pour y chercher la trace de la bienheureuse blessure, le vieil homme la baisa, le front courbé :
— C’est un beau jour pour moi, monsieur le duc, murmura-t-il.
— Embrassez-moi donc, mon neveu, fit mademoiselle Charlotte passant sans transition du doute à l’enthousiasme. Je ne m’attendais certes pas à me découvrir un neveu dans l’armée de ce monsieur Bonaparte… mais, par ma vertu, il fait bon revoir un Chanteraine !
Et se tournant vers Fridolin, elle conclut :
— Je vous disais bien, magister, qu’il était impossible qu’un simple petit officier républicain ressemblât à ma nièce de Chanteraine !… Mais vous êtes de ces gens qui en remontreraient à leur curé !
La fidèle sujette du roi sans couronne et le soldat du Premier Consul s’embrassèrent des plus cordialement. Il y eut un moment de joie et d’effusions un peu folles.
Puis, tandis que le jeune duc cherchait les yeux de Claude, n’osant, à cette minute, dire des lèvres ce que son cœur sentait, le chevalier de Plouvarais, qui, malgré ses airs évaporés ne laissait pas de voir souvent les côtés pratiques de la vie, remarqua qu’on avait oublié de dîner…
— C’est vrai, mon Dieu ! exclama mademoiselle Marie-Rose.