Et doucement, il entraîna la jeune fille sur la terrasse où ils avaient échangé tant de paroles cruelles.
On avait ouvert les fenêtres du château, pour y faire entrer le soleil qui brillait d’un air de fête... Soudain, Bernard aperçut, dans la tourelle, le portrait de l’aïeule, qu’un rayon nimbait d’or. Alors il lui envoya un regard de gratitude et, pressant ses lèvres sur le front de sa fiancée, il murmura:
—Petite mère-grand! c’est toi qui me la donnes, «ma conscience en robe rose!» Et je l’aimerai tant, je serai pour lui plaire si bon, si «sage», que ses yeux et les tiens me souriront toujours... Merci, merci, petite mère-grand!...
MARIAGE DE RAISON
Aime celui qui t’aime et sois heureuse en lui.
V. HUGO.
C’est un petit salon bien parisien, bien moderne dans son élégante bizarrerie. Tous les styles, toutes les teintes se touchent sans se heurter dans ce désordre habile où les plantes de serres jettent çà et là leur note un peu crue, et où la chatoyante polychromie des tapis d’Orient s’harmonise au flou pâle des étoffes anciennes, tandis que, du haut de son chevalet drapé, un Pierrot de Flameng rit à la Vénus grecque qui ne s’en étonne pas.
Léa est assise près de la fenêtre; le soleil printanier, qui filtre au travers des vitraux, danse en lueurs roses sur ses cheveux blonds; dans un cornet de cristal, à côté d’elle, de grandes branches de lilas penchent leurs feuilles alanguies. Elle tient à la main une broderie, mais elle ne travaille pas; le s yeux vagues, la bouche souriante, elle rêve.
A quoi rêve-t-elle?... A quoi rêvent les jeunes filles!... Oh! Musset, pardonnez-lui! Elle a seize ans, elle est aimée, et ce sont des chiffons, des bagatelles qui lui occupent l’esprit! Ce bouquet qu’elle contemple d’un regard tranquille, c’est l’envoi quotidien de son fiancé, et le parfum des fleurs n’apporte à son jeune cerveau que le souvenir banal des visites qu’elle a faites et des félicitations qu’elle a reçues à l’occasion de son mariage!
Il lui passe devant les yeux des nuages de dentelle, enrubannés de rose... Son trousseau est ravissant: Doucet s’est surpassé. Elle pense à la corbeille... des diamants, son ambition! Et du renard bleu... quelle joie! Puis elle récapitule le contenu des paquets de toutes formes et de toutes dimensions qu’on apporte sans cesse à l’hôtel depuis huit jours. L’a-t-on gâtée cette Léa!... Ah! c’est amusant de se marier!... Et, la mine triomphante, elle se redit pour la centième fois ce programme qui l’enchante: «Je sortirai seule, j’irai dans les petits théâtres et je lirai Marcel Prévost!»
Elle est si jeune, la mignonne! La longue natte qui tombe en frisant jusqu’à sa taille gracile, ses yeux bleus qui s’ouvrent à tout propos dans un étonnement naïf, ses mouvements pressés, sa démarche voltigeante lui donnent encore un peu l’air d’une petite fille.