La voix étranglée, il murmura:

—Non, vous ne savez pas, mon ange... vous ne savez pas ce que je suis quand vous n’êtes plus là, ce que j’aurais été surtout, s’il m’avait fallu vous perdre... Vous êtes la pureté même... moi je ne suis qu’un homme, très faible et très malheureux... Janik, je ne veux rien vous cacher... souvent, pendant ces six semaines de déchirements, je me suis senti redevenir l’être misérable que j’ai déjà été; voulez-vous me pardonner, voulez-vous me laisser encore votre petite main compatissante. Malgré mes fautes passées, malgré ces dernières défaillances, voulez-vous être ma femme?

—Oui, Bernard.

Alors, avec une sorte de respect attendri, Bernard attira la jeune fille contre sa poitrine où elle s’appuya, tendre et confiante.

—Janik, ma Janik, dit-il de cette voix basse et infiniment pénétrante qu’il avait quelquefois, vous n’avez pas peur de toute une existence avec ce Jacques Chépart, que vous avez connu si lâche? Vous voulez bien croire à son amour, accepter sa vie qu’il vous donne et qu’il rendra digne de vous; fermer ainsi vos chers yeux et, sans crainte, vous abandonner à lui, pour toujours? Vous voulez bien, dites?... Regardez-moi.

—Oui, Bernard, dit-elle encore.

Et, levant sur Nohel ses grands yeux lumineux où brillait tant d’amour qu’il en fut ébloui, elle reprit de sa voix aimante:

—Je veux être votre femme, je veux vous rendre heureux, être heureuse en vous et par vous... Je n’ai pas peur de Jacques Chépart, je le connais, il sera mon orgueil et ma joie! Et, puisque vous m’aimez, puisque je vous aime, je n’ai pas peur de la vie: j’ai foi en vous, j’ai foi en Dieu!

Un long moment Bernard la contempla avec un désir de s’agenouiller devant elle.

—Oh! ma chérie, répondit-il, vous avez raison d’avoir confiance, car je vous aime de toutes les forces de mon âme et mon amour est plus pur et meilleur que moi!... Vous avez raison de croire au bonheur, car je vous porterai dans mes bras, à travers la vie, et jamais vos petits pieds n’effleureront les épines... Vous avez raison aussi de ne plus craindre Jacques Chépart, car vous en ferez un autre homme. Vous saurez le comprendre et le soutenir, il travaillera pour vous; il veut que vous soyez fière de l’appeler votre mari!