—Madame de Prébois? mais elle était au fameux bal. N’est-ce pas elle qui nous a présenté Jean?... Oui, oui, je me rappelle. Elle avait une robe de velours vert... Moi, j’étais en blanc, Jacqueline en rose... Et maman disait d’un air fier en nous admirant: «J’ai deux filles ce soir.»
Léa a ramassé distraitement la carte, elle la regarde et... Jean Reignal! Oui, c’est le nom de son fiancé qu’elle aperçoit au milieu des pattes de mouche de madame de Prébois. Lentement, elle déploie le billet et elle se demande si elle va lire. Elle est émue, anxieuse... pourquoi?
Et pourquoi ce tremblement qui lui agite les doigts, pourquoi cette angoisse qui lui serre le cœur?
Que peut-elle bien dire de Jean, madame de Prébois?
Allons, un peu de courage... C’est absurde d’avoir peur ainsi. Elle n’a pas la mine bien méchante cette carte satinée!
La jeune fille se met à lire:
«Ma bien chère,
»Venez sans faute ce soir au bal de Madeleine. C’est décidément là que Roméo et Juliette se rencontreront. Moi, je suis sûre qu’ils se plairont, nos jeunes gens! Vous connaissez Jean Reignal comme un avocat remarquable et remarqué, mais vous allez voir et juger l’homme! c’est un charmeur. A bientôt, ma toute belle, je suis ravie de ma politique. Voilà le plus adorable des mariages de raison. Bien à vous.
»MARTHE DE PRÉBOIS.
»P.-S.—J’embrasse très affectueusement votre fille, la jolie Léa.»