Et Léa lui en veut mortellement.

—Partons, réplique-t-elle d’une voix brève.

En voiture, elle se pelotonne dans un coin et pleure. D’abord M. Reignal se tait, puis il lui prend la main.

—Ma Léa, ne pleurez pas ainsi.

—Je ne peux pas m’en empêcher. Je sais bien que cela vous vexe.

—Non, cela ne me vexe pas, mais cela me fait beaucoup de peine.

—Je ne vois pas pourquoi cela vous fait de la peine... vous devez bien penser que j’aime mieux maman que vous...

—Eh bien! non, figurez-vous... J’espérais bonnement que votre cœur était assez grand pour maman et pour moi, répondit-il si gentiment que, sans l’avouer, elle se sent presque radoucie.

Au buffet, ils s’installèrent à une petite table. Jean était tout occupé de sa femme, il la servait lui-même, et, en lui disant de ces choses insignifiantes qui viennent parfois aux lèvres quand on a le cœur trop plein, il la couvait des yeux. Elle était bien forcée de convenir que c’était très amusant de dîner en tête à tête.

Lorsqu’on commença à ouvrir les portes, son mari lui prit le bras et la conduisit au coupé qui les attendait, retenu depuis la veille.