Le vieil homme se baissait un peu, inclinant sa lanterne pour mieux distinguer les traits de l’inconnu... Tout à coup, sa main lâcha l’anse de fer et il se mit à trembler sur ses jambes affaiblies.

—Mon Dieu, balbutia-t-il, est-il possible que ce soit lui!

—Qui, lui, imbécile? s’écria le docteur avec une impatience inquiète.

—Monsieur Bernard... Monsieur Bernard de Nohel... Ah! sainte Anne, conservez-le-nous!

III

Bernard de Nohel est bien malade.

Depuis huit jours, il n’a conscience ni du lieu où il se trouve, ni des soins qu’il reçoit. Dans l’exacerbation du délire, il attribue une cause tout extérieure aux douleurs aiguës qui lui traversent la tête. Il croit qu’un ouvrier invisible enfonce, à coups espacés, un long clou dans sa tempe gauche... La pointe pénètre lentement, déchirant les chairs, fendant les os avec des craquements. C’est atroce!

Puis, d’inquiétantes visions l’obsèdent qui maintiennent son esprit dans une surexcitation dangereuse.

Tantôt, c’est l’écrin aux pistolets qu’un être fantastique et hideux lui appuie sur la poitrine, en ricanant sinistrement; bientôt, ce sont des ombres noires qui passent dans la chambre silencieuses, un doigt sur la bouche... Il veut les interroger, elles le regardent fixement sans répondre, et continuent, toujours muettes, leur mystérieuse promenade...

Parfois enfin c’est sa propre image qu’il aperçoit, navrante telle qu’elle lui est apparue à Paris, dans la glace, le jour où il a résolu de se tuer. Alors, il réclame à grand cris l’eau de Jouvence de la «Fontaine de Marie» ou, par un revirement subit, il supplie la mort de l’endormir enfin, de ce «sommeil sans rêves» qui serait le suprême bien.