—Je veux mourir... Ce sera bientôt fini... mais, ôtez-moi cette image, ôtez-la! sanglote-t-il.
Une nuit, un peu calmé par une dose de morphine, il venait de s’assoupir, quand soudain il crut s’éveiller entre les quatre planches d’un cercueil.
Ses yeux, agrandis par la peur, s’ouvrirent éperdument, fouillant l’obscurité... Il vit qu’il se trouvait dans la chambre de la tourelle.
Les meubles de style Empire avaient presque tous gardé leur ancienne place, et l’on eût dit que, depuis dix ans, les rideaux de la fenêtre n’avaient pas été changés, tant c’étaient encore les plis un peu raides, la teinte un peu terne de jadis. En face du lit, le portrait de la petite mère-grand, éclairé par la veilleuse, se détachait, frais et lumineux, sur la boiserie sombre.
Était-ce encore une illusion? Bernard ne se le demanda pas. Chimère ou réalité, la présence du riant pastel lui était bienfaisante... Il souffrait moins.
La nuit s’acheva paisible; la fièvre était prête à s’éteindre, puis, dans la journée, le jeune homme retomba dans les mêmes divagations où revenaient obstinément les pistolets, la glace et les spectres noirs.
Oh! ce clou, ce clou qui torturait son front!
—Je veux mourir... répétait-il.
Et, avec une douceur déchirante, il s’adressait au portrait de l’aïeule.
—C’est mal, oh! je sais bien que c’est mal... mais je suis si malheureux... J’espérais que vous n’apprendriez jamais que j’étais mort ainsi... Comment m’avez-vous reconnu? J’ai tant changé!... Pardonnez-moi... ma disparition ne chagrinera personne au monde... Je n’ai plus de force pour vivre, oh! laissez-moi mourir!...