—Oh! merci, merci... murmura-t-elle.

Mais elle ne songeait guère au manuscrit qu’elle laissait entre les mains de Marius.

Machinalement, elle descendit l’escalier, elle marcha dans les rues jusqu’à sa demeure. Son âme était encore toute remplie de ce regard d’homme, doux, presque tendre, qui avait touché le sien.

«Oui, oui, le regard et la voix d’un poète...», pensait-elle.

Elle saisit les Poésies tendres et s’y plongea, parcourant chaque ligne d’un œil ravi.

Elle sentait qu’en elle «quelque chose» avait changé. Maintenant, elle éprouvait une crainte de s’imaginer que Marius était là, soupirant les paroles enchantées... puis, tout à coup, elle croyait l’entendre et elle défaillait. Elle était heureuse et des larmes noyaient sa prunelle; elle jouissait délicieusement, et elle avait peur du charme qui l’avait prise ainsi.

Les pages tournaient dans sa main fiévreuse. Bientôt, il lui parut que la terre se fondait sous ses pieds en vapeurs impalpables... Le sens des mots qu’elle lisait ne frappa plus son esprit; elle n’eut plus conscience ni du temps ni des choses ambiantes. Mais la musique du vers chantait toujours à son oreille captivée. Les lèvres collées à la coupe de délices, elle s’abandonnait à un ravissement étrange, presque mystique dans sa suavité.

Et lentement, le livre glissa des mains de la jeune fille, ses paupières s’abaissèrent appesanties de langueur, sa bouche s’entr’ouvrit dans un sourire extatique... Elle dormit jusqu’au jour.

«Mademoiselle,

»Votre nouvelle est une charmante bluette mais... voilà le malheur!... l’Écho parisien ne publie rien de ce genre, un peu tombé à notre époque.